Les résidents du Mille carré doré, de notables à philanthropes

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Anne Pelouas

Montréal Centre Ville - Espace affaires
Au 19e siècle, l’élite montréalaise compte plusieurs grandes familles qui habitent de riches manoirs au centre-ville, notamment dans le Mille carré doré (Golden Square Mile), un quadrilatère qui part du mont Royal et qui descend jusqu’à l’actuel boulevard René-Lévesque, entre le chemin de la Côte-des-Neiges/rue Guy et la rue University. Ces propriétaires, anglophones pour la majorité et surtout Écossais d’origine, firent des dons importants à des institutions qui existent encore aujourd’hui.

De Molson à McGill

En 1786, déjà, le Britannique John Molson fonde la brasserie Molson. On lui doit la création, en 1821, de l’Hôpital général de Montréal. L’âge d’or du Mille carré doré débute toutefois en 1840, avec une période prospère pour la grande bourgeoisie qui perdure jusqu’à la crise de 1929.

L’Écossais James McGill, magnat de la traite des fourrures, met sa richesse au service d’institutions comme l’université qui porte son nom.

De grands marchands investissent ensuite dans les transports maritime et ferroviaire, l’immobilier et la finance. Ils quittent la vieille ville pour résider plus en hauteur. Leurs manoirs et hôtels particuliers sont souvent des chefs-d’œuvre architecturaux.

Manoirs et collectionneurs d’art

Le commerce maritime constitue ainsi le fer de lance de Hugh Allan– Écossais lui aussi – qui fait bâtir entre 1862 et 1864, sur le flanc du mont Royal, l’une des plus luxueuses résidences de l’époque : la maison Ravenscrag, aujourd’hui l’Allan Memorial Institute.

William Cornelius Van Horne, pour sa part, fait un palace d’une ancienne maison de l’homme d’affaires et politicien John Hamilton en 1890, à l’angle des rues Sherbrooke et Stanley. Il laissera sa marque comme président du Canadien Pacifique, mais aussi comme collectionneur d’œuvres d’art.

Plusieurs grandes demeures bourgeoises ont traversé le temps, comme celle de l’Écossais James Ross sur la rue Peel, qui date de 1892. Associé également au développement du Canadien Pacifique, ce collectionneur aide notamment à la construction d’un édifice pour le Montreal Museum of Fine Arts (Musée des beaux-arts). Son manoir aux allures de château français deviendra ensuite le pavillon Chancellor Day Hall de l’Université McGill.

Hugh Allen
Hugh Allen
James Ross
James Ross
David Ross McCord
David Ross McCord

David Ross McCord, lui, habite Temple Grove, résidence de style Renaissance grecque, sur le mont Royal. « Dès 1895, souligne Guislaine Lemay, conservatrice au Musée McCord, il se consacre entièrement à sa collection d’objets de l’Empire britannique », dont il fera don à l’Université McGill en 1919.

Mais c’est grâce à William Christopher Macdonald que la collection trouvera place dans l’immeuble Dilcoosha, de style Renaissance égyptienne, que le « roi du tabac » achète pour McGill. Plus tard, il léguera sa fortune à Walter Stewart,qui deviendra lui-même philanthrope. 

Quant au propriétaire de la sucrerie Redpath, Peter Redpath, on doit à ses dons la création, en 1882, du musée d’histoire naturelle portant son nom.

Maison James Ross
Maison James Ross
La maison Ravenscrag, maintenant l’institut Allan Memorial
La maison Ravenscrag, maintenant l’institut Allan Memorial
Thomas George Shaugnessy
Thomas George Shaugnessy
Maison Shaughnessy
Maison Shaughnessy

Shaughnessy Village

Parmi les résidents du centre-ville à la fin du 19siècle, il y aura aussi George Stephen et Lord Strathcona, patrons de la Hudson Bay Company et investisseurs renommés, sans lesquels l’Hôpital Royal Victoria n’aurait jamais été inauguré en 1893.

Thomas Shaughnessy, président du Canadien Pacifique en 1899, a aussi laissé une marque indélébile juste au sud du Mille carré doré. Au début du 20siècle, un quartier de gens fortunés y portait déjà le nom de Shaughnessy Village. Lui avait une somptueuse maison sur le boulevard Dorchester, aujourd’hui intégrée au Centre canadien d’architecture.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’Université McGill fait l’acquisition ou reçoit en don une quinzaine de ces belles résidences, précise un document d’Héritage Montréal.

Conçue en 1901 par les architectes Edward et William Maxwell, la maison Hosmer, par exemple, appartenait à l’entrepreneur Charles Hosmer. En 1930, un autre homme d’affaires, Joseph-Alderic Raymond, se fait bâtir une maison de style Beaux-Arts au 1507, Docteur-Penfield.

Louis-Joseph Forget
Louis-Joseph Forget
Maison Louis-Joseph Forget
Maison Louis-Joseph Forget
Maison Charles-Edouard Gravel 1934
Maison Charles-Edouard Gravel 1934

Riches et francophones ?

Bien sûr, quelques personnalités francophones marquent aussi l’histoire de la haute bourgeoisie montréalaise, comme Louis-Charles Foucher, Louis-Joseph Forget, président de la Bourse de Montréal en 1895, propriétaire d’une somptueuse résidence du Mille carré doré et membre actif de l’Art Association of Montreal, ancêtre du Musée des beaux-arts de Montréal. En 1931, l’architecte Ernest Cormier bâtira lui aussi sa maison, avenue des Pins dans un style art déco.

La dernière grande maison bourgeoise bâtie dans le Mille Carré Doré, sur l’avenue McTavish, fut toutefois en 1934 celle de l’homme d’affaires Charles Édouard Gravel, aujourd’hui mieux connue comme la Maison Thompson, partie de l’Université McGill.