• 09/09/2021

Quel avenir attend le centre-ville?

6 minutes

Yann Fortier

Yann Fortier

Valérie Plante et Denis Coderre
Valérie Plante et Denis Coderre répondent à nos questions.

Le centre-ville de Montréal est le moteur économique, éducationnel et culturel de la métropole et du Québec. À quelques semaines des élections municipales, la cheffe de Projet Montréal, l’actuelle mairesse Valérie Plante, et le chef d’Ensemble Montréal, Denis Coderre, exposent leur vision à l’égard d’un secteur en pleine transformation.

Valérie Plante

Quel est votre premier souvenir du centre-ville?

Depuis 25 ans, la rue Saint-Catherine est l’endroit où je fais mes emplettes. Jeune, j’y venais fréquemment avec mon père, un entrepreneur de l’Abitibi. Il venait rencontrer des grossistes et m’amenait toujours marcher sur Sainte-Catherine. J’étais très impressionnée par la hauteur des immeubles.

En grandissant, j’ai vu le centre-ville évoluer, et même si notre rapport à la hauteur change, comme adulte et conseillère, j’ai aussi vu le nombre croissant de personnes confinées à un espace piétonnier qui me rappelle depuis ma jeunesse la quantité de gens qui circulent sur la rue Saint-Catherine. De là l’importance d’élargir ses trottoirs, comme nous avons entrepris de le faire en offrant davantage d’espace aux piétons.

J’ai aussi eu la chance de voyager et de voir comment, ailleurs dans le monde, certaines artères se démarquent. Bien sûr, je dis oui aux voitures et aux camions de livraison, mais aussi aux espaces verts et à des endroits de détente. Pour moi, c’est aussi ça, l’esprit des artères commerciales. Les gens évoluent et veulent autre chose.

Valérie Plante

Madame Plante, qu’est-ce qui vous motive à solliciter un nouveau mandat à la mairie de Montréal?

La pandémie nous a frappés et nous a pris de court. C’est pourquoi il m’apparaît important de participer à la relance économique d’une ville que je souhaite verte et inclusive. À ce chapitre, le centre-ville a évidemment un rôle prépondérant à jouer comme levier d’attrait et de rétention pour la population, les entreprises et les étudiants.

Actuellement, plusieurs grandes villes ont des défis similaires, que ce soit en matière de transition écologique ou de rareté de main-d’œuvre. Nous devons donc nous assurer que Montréal se démarque pour attirer et préserver les talents.

Quelle est l’importance du centre-ville dans la relance de la métropole?

Comme mairesse de Ville-Marie, c’est un secteur que je connais bien. Le centre-ville se redéfinit, entre autres avec le réaménagement de la rue Sainte-Catherine, une artère emblématique avec ses sièges sociaux, centres commerciaux, festivals et attraits culturels.

Hors pandémie, 200 000 personnes y entrent et sortent tous les jours. L’important, c’est que tout le monde y revienne et de développer des stratégies pour y parvenir.

« Nous sommes la ville affichant la meilleure reprise au pays et la deuxième en Amérique du Nord pour le nombre d’investissements et d’emplois. »

Quelles seraient vos trois priorités?

Évidemment, la relance économique. Nous sommes la ville affichant la meilleure reprise au pays et la deuxième en Amérique du Nord pour le nombre d’investissements et d’emplois. Puisque nous avons travaillé étroitement avec l’ensemble de l’écosystème économique de Montréal dès le début de la pandémie, notre plan de relance était prêt.

L’autre élément, c’est l’habitation et la mixité entre travailleurs, résidents et étudiants. La mixité, c’est une condition gagnante pour la résilience du centre-ville.

Dans cette même perspective, je pense aussi au volet de la densité, que l’on gagne à créer avec les tours d’habitation et de bureaux, tout en préservant le patrimoine bâti et paysager.

Valérie Plante, Projet Montreal
©Joel Lemay/Agence QMI

D’ici là, comment composer avec les chantiers de construction?

C’est tout un défi, surtout si on pense au projet du REM de l’est. Malgré ces inconvénients, les impacts à long terme seront certainement positifs. L’an dernier, nous avons réduit le nombre de chantiers pour aider la population, tout en améliorant le dégagement des grandes artères. De manière très concrète, notre escouade de mobilité a fait plus de 20 000 interventions depuis sa fondation.

Et qu’en est-il des enjeux liés à l’itinérance?

La question est complexe, d’autant plus que l’itinérance est de la compétence du gouvernement du Québec. Donc, nous n’avons pas tous les leviers. Cela dit, la collaboration est bonne avec nos partenaires. Pour nous, l’important est d’encourager la cohabitation. La place Émilie-Gamelin en est un bon exemple: avec l’animation et certaines initiatives, cette cohabitation et le sentiment de sécurité pour les commerçants et les résidents s’améliorent.

Comment imaginez-vous le centre-ville dans 10 ans?

Je l’imagine encore plus habité et encore plus fréquenté, entre autres avec l’avenue McGill College entièrement piétonne, qui promet d’être absolument magnifique. Je vois un centre-ville qui bouge et grouille de monde. Un centre-ville du 21e siècle, animé par des espaces de rencontre.

« J’imagine Montréal encore plus habitée et encore plus fréquentée, entre autres avec l’avenue McGill College entièrement piétonne, qui promet d’être absolument magnifique. »

Denis Coderre

Quel est votre premier souvenir du centre-ville?

Je devais avoir environ cinq ans. J’habitais à la campagne et mon père m’a amené au Forum de Montréal pour voir une partie du Canadien.

Denis Coderre

« J’ai eu un véritable coup de foudre, dès cette toute première fois où je me suis retrouvé émerveillé par notre métropole et son centre-ville. »

Monsieur Coderre, qu’est-ce qui vous motive à l’idée de redevenir maire de Montréal?

L’écriture de mon livre Retrouver Montréal et toute la réflexion qui en a découlé sur l’avenir de notre métropole m’ont convaincu de revenir en politique. Montréal a un rôle majeur à jouer sur la scène internationale. Présentement, elle ne prend pas la place qui lui revient. Ce n’est pas la politique qui me manquait, c’est plutôt que je n’aimais pas ce que je voyais. Ce qui me motive, c’est de redonner du leadership à Montréal pour en faire une réelle ville inclusive et sécuritaire, où le vivre-
ensemble et la diversité prennent tout leur sens. Une métropole francophone vivante, vibrante, inspirante dans tous ses quartiers et qui rayonne tant sur les plans international que local et national. En fait, j’ai envie qu’elle retrouve sa magie et sa raison d’être.

Que représente pour vous l’importance du centre-ville dans la relance de la métropole?

La pandémie a influencé notre rapport au centre-ville. Maintenant, on n’a plus à s’y déplacer sur une base régulière, que ce soit pour le travail ou nos achats. Ce changement majeur devra guider le rôle qu’on lui accordera dans un contexte de relance économique. Le centre-ville doit devenir un incontournable, un lieu d’expériences qui appartient à tous les Montréalais. Nous devons nous y déplacer pour autre chose que par obligation, en nous assurant d’en faire une destination.  Pour moi, le centre-ville d’une métropole est l’endroit où une collectivité se présente au monde, où elle affiche ses valeurs, où elle atteste de son dynamisme et où elle témoigne de son art de vivre.

« Dans les années à venir, les villes auront un rôle encore plus important à jouer. Nous devons donc prendre nos responsabilités. »

Dans cette perspective, quelles seraient vos trois priorités pour le centre-ville?

La sécurité est actuellement l’enjeu central, au centre-ville comme ailleurs à Montréal. L’autre élément, c’est bien sûr le développement économique suivant les années difficiles que nous venons de connaître. Ça passe par un plan de relance clair pour les grandes artères. On a aussi un important problème concernant l’habitation. Quand j’étais maire, nous avons obtenu notre statut de métropole, qui nous permet d’en faire davantage que présentement. Nous avons redéfini l’autonomie municipale parce que nous sommes un gouvernement de proximité. Dans les années à venir, les villes auront un rôle encore plus important à jouer. Montréal ne peut pas être à la remorque des autres paliers de gouvernement. Nous devons donc prendre nos responsabilités.

D’ici là, comment composer avec les chantiers de construction?

Grâce à la composition d’une équipe compétente, dotée des capacités réelles pour gérer les finances publiques, la mobilité et les chantiers de construction.

Denis Coderre, équipe
©Joel Lemay/Agence QMI

Et les enjeux liés à l’itinérance?

Cette question est une grande préoccupation et l’un des premiers sujets abordés dans Retrouver Montréal. Trop souvent, l’itinérance n’est pas une priorité politique réelle, tous gouvernements confondus. J’ai souvent l’impression que c’est un dossier qui tombe dans les craques du système. Qu’on a tout simplement accepté l’existence du phénomène. Le vivre-ensemble est central dans ma vision pour Montréal, ce qui implique d’assurer une dignité humaine pour tous les Montréalais.  Cela nécessite également une stratégie de cohabitation et de prévention, en assumant notre leadership en tant que ville plutôt que de blâmer les autres paliers de gouvernement comme le fait l’administration actuelle.

Comment imaginez-vous le centre-ville dans 10 ans?

Nous devons redonner au centre-ville ses lettres de noblesse et c’est encore plus vrai depuis la Covid-19. Je dis souvent que nous ne sommes pas dans une pandémie, mais une endémie. Nous devons donc apprendre à vivre avec, en repensant notre rapport au centre-ville, en imaginant un lieu où l’on veut se déplacer. Nous devons aussi réfléchir en matière de densification pour retrouver l’expérience montréalaise, en recréant un milieu de vie complet et en retrouvant notre rôle de réelle locomotive économique.

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