• 16/06/2021

Relance : entrevue avec Richard Shearmur

2 minutes

Chloe Machillot

Chloe Machillot

Géographe et directeur de l’École d’urbanisme de l’Université McGill, Richard Shearmur a étudié l’impact de la pandémie de COVID-19 sur l’avenir du centre-ville de Montréal. Refusant d’être alarmiste, l’expert prédit que de nouvelles occasions économiques permettront de bâtir la relance, à condition que l’on sache les saisir.

La pandémie a-t-elle compromis la croissance du centre-ville ?

La dernière année n’a pas bouleversé le dynamisme du centre-ville, elle a plutôt entraîné l’accélération de tendances déjà présentes.

Tout ce qui s’est passé au cours des derniers mois est une amplification de ce qui se profile depuis longtemps : les gens travaillent de plus en plus de la maison, l’offre d’emplois dans Ville-Marie baisse depuis 2011, le commerce en ligne et les grands centres commerciaux périurbains affaiblissaient déjà les magasins du centre-ville.

Il n’y a donc rien de « bouleversant », mais il ne faut évidemment pas minimiser les conséquences de la pandémie, qui restent très lourdes à encaisser en ce moment.

Richard Shearmur
Richard Shearmur

En raison de l’essor du télétravail, y a-t-il un risque que les employés du centre-ville désertent les tours de bureaux ?

On devrait sans doute y trouver un peu moins de travailleurs, mais cela ne sera pas aussi dramatique qu’on pourrait le croire. Le nombre d’employés devrait baisser de 10 % à 20 %, pas plus. Avant la pandémie, ils travaillaient en moyenne une journée par semaine de la maison; selon la tendance, cela pourrait passer à deux journées. Après plusieurs mois de télétravail « forcé », beaucoup de gens réalisent que le présentiel a des avantages, notamment par rapport à leur vie sociale et à leurspratiques de communication. Nos recherches montrent que le centre-ville va rester un lieu dynamique pour les affaires.

La relance économique du centre-ville de Montréal
L’étude L’avenir du centre-ville de Montréal. Impact immédiat de la COVID et perspectives post-COVID, de Richard Shearmur, pour L’Observatoire des milieux de vie urbains est accessible en format virtuel ici.

Quelles occasions la baisse d’achalandage du centre-ville pourrait-elle créer ?

Même si le centre-ville est délaissé par 20 % de travailleurs, par exemple, la place laissée vacante ne le restera pas. Des artistes, des créateurs ou des PME vont certainement profiter de l’occasion pour s’établir au centre-ville, qui leur était inaccessible auparavant, sur le plan financier. Ces nouveaux acteurs contribueront à la relance du secteur, mais cela suppose que les propriétaires immobiliers adaptent les loyers en fonction de ce que leurs locataires peuvent payer. Selon moi, c’est l’enjeu de la relance… Les propriétaires sont-ils prêts à accepter la baisse de valeur de leurs biens ?

Comment envisagez-vous la relance commerciale ?

Les commerces tendent à s’organiser d’une tout autre façon. À mon avis, les artères majeures, comme la rue Sainte-Catherine, vont se remettre sur pied grâce aux grandes enseignes. Malgré l’avènement du commerce en ligne, elles voudront toujours avoir des espaces expérientiels, des vitrines où les clients peuvent voir leurs produits, à l’image de l’Apple Store. Les boutiques indépendantes et les commerces de proximité, en revanche, se dirigent vers les quartiers résidentiels comme le Plateau-Mont-Royal ou le Mile End. Les gens sont davantage chez eux, ils veulent des boutiques, des cafés et des restaurants où prendre leur lunch à proximité… Là encore, il faudra offrir des loyers accessibles à ces petits commerces, pour qu’ils puissent bâtir la relance des quartiers péricentraux.

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