• 19/03/2021

Adib Alkhalidey, Pas juste pour rire

3 minutes

Dominic Tardif

Dominic Tardif

  • © Jocelyn Michel
L’artiste montréalais, que l’on a connu jusqu’à maintenant pour ses spectacles d’humour, a profité de la pandémie pour sortir des sentiers battus. Avec la sortie de son premier album, sous le pseudonyme d’Abelaïd, Adib Alkhalidey dévoile une nouvelle facette de sa personnalité.

Entrevue

Vous avez peut-être déjà entendu chanter Adib Alkhalidey, sans savoir que c’était lui, dans le métro ou l’autobus. «Quand j’étais au cégep et que mes amis et moi, on allait faire la fête au centre-ville, le soir, ils me disaient: «Chante, Adib, chante!» Je n’aurais jamais eu le courage de chanter en public, mais quand t’as sept de tes meilleurs amis qui insistent, tu chantes! Et à la fin, tout le monde dans l’autobus applaudissait, parce que je venais de faire La valse à mille temps en maîtrise parfaite, quelque part sur Saint-Denis.»

Ce n’est donc pas d’hier que la musique occupe une place au cœur du quotidien de l’humoriste. Adib Alkhalidey a lancé en novembre dernier, sous l’élégant pseudonyme d’Abelaïd, l’album Les cœurs du mal, où les sentiments paroxysmiques de la chanson française ainsi qu’une poésie d’un raffinement quasi suranné connaissent une vie nouvelle grâce à de ténébreuses textures synthétiques et à la voix, parfois théâtrale, parfois murmurée, de l’artiste.

«Je ne dirai jamais que j’ai fait le tour des possibilités de l’humour, mais il y a des émotions que l’humour ne me permet pas de travailler», explique Adib Alkhalidey au sujet de la naissance de ce mélancolique alter ego. «J’ai longtemps eu peur d’accepter ce côté-là de moi, de voir les pas beaux côtés de ma personne que mes textes de chansons révéleraient et que je ne voulais pas voir. J’avais peur d’apprendre des choses sur moi!» Le rire d’Adib retentit!

Ce fervent admirateur de Léo Ferré et de Jacques Brel résume son regard sur ce que la musique peut accomplir en parlant non pas de la sienne, mais de La chanson des vieux amants, cette immortelle «à la jonction du beau et du laid». «J’aime quand une chanson me donne l’impression qu’on est tous ensemble dans le même merdier.» Et son rire de retentir à nouveau.

Contrastes magnifiques

Chaque fois qu’Adib Alkha-lidey se rend au centre-ville, c’est immanquable: une visite dans une grande librairie s’impose. «J’ai un rapport un peu émotif avec les grandes librairies. Lorsque j’étais au secondaire, je foxais souvent des cours pour aller dans une librairie, dans un centre commercial, pas loin. Je n’avais pas les moyens de m’acheter des Harry Potter, mais je les ai tous lus là! [Grand rire] Le personnel ne disait rien.»

Pour le Montréalais d’origine, le centre-ville demeure ce creuset de «contrastes magnifiques». «Il y a tout ce beau chaos partout, et soudainement, tu entres au Musée des beaux-arts! Je ne reviens pas du clash que le savoir et la culture peuvent créer avec leur environnement. J’étais dans le bouillonnement de la ville, j’ai fait quelques pas, et je me suis retrouvé dans un sanctuaire.» Un sanctuaire, vraiment? «Je dis sanctuaire, parce qu’au Musée des beaux-arts je me sens en sécurité. C’est comme si la beauté invitait mon âme à revenir lui rendre visite.»

Depuis le début de sa carrière, au tournant de la décennie 2010, Adib Alkhalidey aura évidemment eu la chance de visiter les coulisses de plusieurs des plus importantes salles de spectacle de la métropole, sans jamais pourtant que leur aura de mystère et de majesté ne s’émousse. «La Place des Arts, c’est un endroit qui m’émeut chaque fois. À quel point c’est beau! Je sais au plus profond de moi qu’on est chanceux qu’elle soit là», dit-il avec une palpable gratitude.

Reste que c’est Le Bordel Comédie Club qui occupe la tête du palmarès des espaces où Adib Alkhalidey préfère faire rire ses semblables. Il aime l’intimité de cet endroit. «La première fois que j’y ai mis les pieds, j’ai reçu une draft d’émotions, j’ai su que c’était un lieu unique, qui avait été pensé pour favoriser une forme d’art en particulier. Quand tu entres dans un musée, tu sais que l’espace a été réfléchi pour accueillir l’art pictural, la sculpture. C’est ce que le Bordel a fait pour l’humour.»

Adib Alkhalidey s’interrompt. Il semble réfléchir. «Tu ne trouves pas que c’est magique qu’il existe tous ces lieux, toutes ces salles, où des gens se réunissent pour exprimer la même émotion en chœur, que ce soit des rires ou des larmes? C’est ça qui est beau dans l’art. Ce n’est pas l’art en soi. C’est le fait que quelque chose puisse réunir les gens.»

Adib Alkhalidey signe la musique et les textes de son album Les cœurs du mal.

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