• 30/09/2020

L’avenir des tours de bureaux

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Montreal centre-ville

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Le confinement aura refaçonné notre vision du travail et poussé les gestionnaires les plus réfractaires à laisser leurs employés rouler leur bosse à la maison — pour le meilleur et pour le pire.

« La pandémie a eu pour effet d’accélérer des réflexions qui étaient latentes au sein des entreprises, sur la conciliation travail sur site et télétravail, d’une part, et sur l’aménagement même des locaux pour bureaux, d’autre part », indique Anne-Laure Saives, professeure au Département de management de l’École supérieure de gestion (ESG) de l’UQÀM.

 

Le télétravail tant demandé par les employés a fait ses preuves, et un modèle hybride, formé du travail à la maison et du travail au bureau, s’implante, transformant sur son passage notre relation au 9 à 5. « On observe un retour vers un espace où l’on se sent protégé, ou une bulle, comme on dit ; on se rend compte, depuis le début des mesures liées à la COVID-19, que les personnes qui travailleraient normalement dans les bureaux apprécient beaucoup cette distanciation », poursuit la professeure.

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Cette transition vers l’intérieur, conséquemment, aura des répercussions sur le logement. « Les personnes valorisent de plus en plus leur habitation, car c’est devenu, dans bien des cas, leur lieu de travail. Un nouveau besoin s’est créé » remarque Patrick Blanchette, associé principal chez Blanchette Architectes, une firme qui a conçu plusieurs locaux pour bureaux dans la métropole. Le bureau, donc, ne serait plus une suite de petits chez-soi assignés aux membres du personnel, mais plutôt un grand terrain d’entraide et de coopération formé de petites salles de réunion, de tables de travail temporaire et d’espaces où cogiter ensemble… et partager des données.

« Une des premières fonctions de la tour de bureaux, c’est le coffre-fort numérique », explique Anne-Laure Saives. « Lorsqu’on suppose que tous les employés travaillent de la maison et que les tours se vident, on suppose que la transformation numérique des entreprises est achevée, ce qui, à mon avis, est loin d’être le cas », ajoute-t-elle.

La ville nouvelle

 

Les architectes doivent absolument se pencher sur les questions d’ordre sanitaire. Les bureaux à aire ouverte, moins chers à construire que les sempiternels cubicules, et aussi plus tendance, ont perdu de leur popularité au cours des dernières années, et leur étoile a pâli avant même l’arrivée du virus. « Le problème lié aux aires ouvertes, c’est que si le système de ventilation n’est pas adéquat, la prolifération des bactéries se fait beaucoup plus rapidement », déclare Patrick Blanchette.

À l’heure actuelle, les clients de son cabinet demandent des plans où l’aspect sanitaire est nettement privilégié, ils optent pour une ventilation optimale et des stations de désinfection permanentes. L’architecte souligne qu’en raison de « chacune des pandémies, on a adopté, au sein des bureaux, de nouvelles mesures sanitaires et hygiéniques ». Il précise que les mesures liées à la COVID-19 semblent là pour rester.

Patrick Blanchette
Patrick Blanchette

Est-ce la fin des bureaux tels qu’on les connaît ? Pas totalement. « Des bureaux, il y en aura toujours, parce que les entreprises doivent démontrer, grâce à leur siège social respectif, quelles sont leurs valeurs », indique Patrick Blanchette. L’aménagement des bureaux ainsi que leur emplacement agissent à la manière de stratégies de communication interne et externe. Elles consolident la place qu’a choisie l’entreprise dans l’écosystème commercial qui l’entoure.

 De même, cette nouvelle conception de l’espace de travail ne doit pas devenir strictement « bicéphale », c’est-à-dire le bureau et la maison. « On peut s’enthousiasmer à penser à l’aménagement de son espace de travail à domicile, un peu à la manière d’un artiste qui travaille dans un lieu choisi, que ce soit un environnement social autre que le bureau ou la maison, ou, justement, à la maison », indique Anne-Laure Saives.

Les bureaux à aire ouverte, moins chers à construire que les cubicules.
Les bureaux à aire ouverte, moins chers à construire que les cubicules.

Pour ce qui est du centre-ville, c’est l’occasion de se réinventer. « Les 400 000 personnes qui travaillent là font battre le pouls de la ville », souligne la professeure. Il n’est pas question de renvoyer tous les employés chez eux, mais il faut certainement prévoir un ralentissement du développement. Dans l’arrondissement Ville-Marie, l’avenir se dessine. « Je ne pense pas que ce soit la mort du centre-ville, au contraire », exprime Patrick Blanchette, résolument optimiste.

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